1 de agosto de 2024

Troy [esp-fr]

Mátenme, porque mi cuerpo no puede sostener este amor que me invade como un relámpago. Un rayo en plena médula. Me devasta, me desarma. Se desborda y alcanza la cúspide. “Con la agradecida esperanza de un retorno seguro a sus casas después de una ausencia de nueve años, los griegos dedican esta ofrenda a Atenea”. Eres como un caballo de Troya que entró directo a mis entrañas. Después de una ausencia de nueve años. Exactamente nueve años. El amor es absoluto como la música. Y vivir es morir un poco cada día. Pero está la muerte y la muerte. Existe una que rompe las barreras que impiden llegar. Una que hace desaparecer el miedo. Una que hace frente a la desilusión. De pronto se abre la puerta. Somos los griegos y los troyanos, a veces llegamos a las entrañas y a veces llegan a nuestro núcleo. Se desencadena la tormenta, los relámpagos. Como el concierto de Cat Power, donde no quiso cantar más porque los relámpagos se desataban sobre nuestras cabezas. Así quedamos cuando ocurre el encuentro con el caballo que te perfora. En suspenso, en asombro, en éxtasis que todo lo detiene. Porque a veces dejamos de cantar para sentir. Para sentirlo todo. Para que ese relámpago se haga carne. Entonces el espacio exterior, el cosmos, la nave espacial. Todos los relámpagos, y van cayendo en nuestro corazón y los acogemos con cariño, porque van destruyendo las aprensiones infértiles, toda esa seguidilla de ideas que tomaron forma y se revelaron estériles con el tiempo. Porque recuperar el canto se hace en el tiempo, y luego hay el tiempo, y los relámpagos que son como chispas que van encendiéndolo todo, que van quemándolo todo como soldados en la ciudad asediada, pero dejando entrar la música. Mi cuerpo ya te pertenece. Nueve años y el caballo de Troya instalado de manera definitiva. Para modificar la configuración y expandirlo todo. Para que cada relámpago sea espacio exterior que difumina los contornos. Porque lo organizado es una falacia. Porque el amor es algo suave y verdadero. Que no conoce categorías ni límites. El amor sincero acoge. Va abriendo nuevas puertas. Recibimos el tesoro y lo entregamos. Somos el caballo, dentro y fuera. Arriba y abajo. Como no cabe por la puerta expandimos el espacio. Para eso salen los soldados y sugieren cambios. Imponen cambios. Porque el amor no toca la puerta, el amor es una caída limpia como un rayo. Eres Thor y eres Troy. Eres todo. Y las olas se mecen como llevando barcos a puerto. Como creaciones que van dibujándose en el horizonte. Que van acercándose. El cuerpo se llena de creaciones. El espíritu se eleva. El corazón se hace gigante. Estrella en el firmamento. Entonces todo comienza, como cuando llega la muerte. La muerte que es vida. El lado asoleado del bosque. Una biblioteca nómade que transporta sus maletas de poesía para entrar en el núcleo y quedarse ahí. Porque tal vez ese era su destino. Porque los relámpagos a veces esconden destinos. Y no queríamos cantar, pero de pronto cantar tiene otro significado y en él está cifrado todo lo que se vislumbra hacia delante. El amor lo conozco. Lo vi en forma de relámpago. Que alcanzó mi cuerpo. Observé el día bajo una nueva luz. La literatura se inventó para hablar sobre el amor. Porque cuando desborda es necesario dejarlo en hojas de papel que puedan contener lo que va brotando luego del destello. El amor excede el cuerpo, y por eso escribimos. Porque queremos vivir y morir. Queremos vivir más que nunca antes. La muerte parece una entelequia. Pero nos sentimos morir. Como acechados por un caballo inmenso que nos va carcomiendo desde dentro. Un caballo que nos dice: había esos miedos pero ahora eres invencible. Luego caemos en cuenta que no, pero ya es muy tarde, toda magia tiene un precio, un precio que nunca se revela hasta que el daño ya está hecho, como dijo Rumplestiltskin, justo lo que nosotros todavía podemos soportar, como escribió Rilke. Porque ese caballo tiene un precio. Un precio que podemos soportar. Porque parece que nos va a matar, pero nos da vida. Porque lo que es vida y lo que es muerte no siempre está claro. Los miedos a veces parecen vida, pero cargan en sus entrañas la muerte. El relámpago y entonces todo miedo parece irrisorio. Nos sentimos morir porque todo desborda y vamos anotando en una hoja de papel que recibe los descargos. El rayo de luz que se vuelve uno con las pupilas como si se encendieran de fuego. Y la piel que se va haciendo suave. Y el olfato es dulce como el jazmín. Todo música y el absoluto. Pétalos de rosa para recostarse y esa melodía que va entrando por los poros. Porque todo comienza a llenarse de soldados que van dinamitando esas murallas que ya no tienen sentido. Delimitaciones inconducentes que se ven ridículas junto a la suavidad de las palabras, a la poesía que se va infiltrando como vendaval. Observamos esa otra versión de nosotros mismos con curiosidad. En qué momento ese caballo quedó fuera de la ciudad. Cómo fue que ese relámpago me dio en plena cabeza. No hay nada. Sólo tu existencia. Sólo tus palabras. Que se haga carne en mí esa explosión. 


[fr] Troy

Tue-moi, car mon corps ne peut pas supporter cet amour qui m'envahit comme un éclair. Un coup de tonnerre dans la moelle. Il me dévaste, il me désarme. Il déborde et atteint la cuspide. « Dans l’espoir reconnaissant d’un retour sain et sauf dans leurs foyers après une absence de neuf ans, les Grecs dédient cette offrande à Athéna. » Tu es comme un cheval de Troie qui est entré directement dans mes entrailles. Après une absence de neuf ans. Exactement neuf ans. L'amour est absolu comme la musique. Et vivre, c'est mourir un peu chaque jour. Mais il y a mort et mort. Il y en a une qui brise les barrières qui empêchent d'arriver. Celle qui fait disparaître la peur. Celui qui fait face à la désillusion. Soudain, la porte s'ouvre. Nous sommes les Grecs et les Troyens, parfois nous atteignons les entrailles et parfois ils atteignent notre noyau. Cela déclenche la tempête, la foudre. Comme lors du concert de Cat Power, où elle ne voulait plus chanter parce que des éclairs passaient au-dessus de nos têtes. C'est ainsi que nous restons lorsque la rencontre avec le cheval qui te transperce se produit. Dans le suspense, dans la stupéfaction, dans l'extase qui arrête tout. Parce que parfois, on s'arrête de chanter pour ressentir. Pour tout ressentir. Pour que cet éclair devienne chair. Puis l'espace intersidéral, le cosmos, le vaisseau spatial. Tous les éclairs, et ils tombent dans notre cœur et nous les accueillons avec affection, parce qu'ils détruisent les appréhensions stériles, tout ce chapelet d'idées qui ont pris forme et se sont révélées stériles avec le temps. Parce que récupérer la chanson se fait dans le temps, et puis il y a le temps, et les éclairs qui sont comme des étincelles qui enflamment tout, qui brûlent tout comme des soldats dans la ville assiégée, mais en laissant entrer la musique. Mon corps t'appartient déjà. Neuf ans et le cheval de Troie s'est installé pour de bon. Pour modifier la configuration et tout étendre. Pour que chaque éclair soit un espace extérieur qui brouille les contours. Parce que l'organisé est un faux. Parce que l'amour est quelque chose de doux et de vrai. Qui ne connaît ni catégories ni limites. L'amour sincère accueille. Il ouvre de nouvelles portes. Nous recevons le trésor et nous le donnons. Nous sommes le cheval, à l'intérieur et à l'extérieur. Au-dessus et en dessous. Comme il ne passe pas par la porte, nous élargissons l'espace. Pour cela, les soldats sortent et proposent des changements. Ils imposent des changements. Parce que l'amour ne frappe pas à la porte, l'amour est une chute nette comme un éclair. Tu es Thor et tu es Troy. Tu es tout. Et les vagues se balancent comme si elles portaient des bateaux au port. Comme des créations qui se dessinent à l'horizon. Qui se rapprochent. Le corps se remplit de créations. L'esprit s'élève. Le cœur devient géant. Étoile au firmament. Alors tout commence, comme lorsque la mort arrive. La mort qui est la vie. Le côté ensoleillé de la forêt. Une bibliothèque nomade qui transporte ses valises de poésie pour entrer dans le cœur et y rester. Parce que c'était peut-être son destin. Parce que la foudre cache parfois des destins à l'intérieur. Et nous ne voulions pas chanter, mais soudain le chant a un autre sens et en lui est crypté tout ce qui est entrevu devant. Je connais l'amour. Je l'ai vu sous la forme d'un éclair. Cela a atteint mon corps. J'ai observé le jour sous un nouvel angle. La littérature a été inventée pour parler de l'amour. Parce que lorsqu'il déborde, il est nécessaire de le laisser sur des feuilles de papier qui peuvent contenir ce qui sort après l'éclair. L'amour dépasse le corps, et c'est pour cela que nous écrivons. Parce que nous voulons vivre et mourir. Nous voulons vivre plus que jamais. La mort semble une entéléchie. Mais nous nous sentons mourir. Comme traqués par un immense cheval qui nous mange de l'intérieur. Un cheval qui nous dit : il y avait ces peurs mais maintenant tu es invincible. Puis on se rend compte que non, mais c'est trop tard, toute magie a un prix, un prix qui ne se révèle jamais avant que le mal soit fait, comme disait Rumplestiltskin, ce que tout juste nous pouvons supporter, comme l'écrivait Rilke. Parce que ce cheval a un prix. Un prix que nous pouvons supporter. Parce qu'il semble qu'il va nous tuer, mais qu'il nous donne la vie. Parce que ce qui est la vie et ce qui est la mort n'est pas toujours clair. Les peurs ressemblent parfois à la vie, mais elles portent la mort dans leurs tripes. La foudre, et ensuite toute la peur semblent risible. Nous avons l'impression de mourir parce que tout déborde et nous l'écrivons sur une feuille qui reçoit les décharges. Le rayon de lumière qui ne fait plus qu'un avec les pupilles comme si elles étaient en feu. Et la peau qui devient douce. Et l'odeur qui est sucrée comme le jasmin. Toute la musique et l'absolu. Des pétales de rose pour s'allonger et cette mélodie qui entre par les pores. Parce que tout commence à se remplir de soldats qui dynamitent ces murs qui n'ont plus de sens. Des délimitations inconduites qui paraissent ridicules à côté de la douceur des mots, de la poésie qui s'infiltre comme un coup de vent. Nous observons cette autre version de nous-mêmes avec curiosité. À quel moment ce cheval a été laissé à l'extérieur de la ville. Comment cet éclair m'a-t-il frappé à la tête. Il n'y a rien. Seulement ton existence. Seulement tes mots. Laisse cette explosion prendre chair en moi.

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