31 de agosto de 2024

El amor nómade [esp-fr]

El amor que llevo dentro es nómade, porque necesita del movimiento. Las olas rompían y extendían con rapidez sus aguas sobre la orilla, escribió Virginia Woolf, crecían y rompían una tras otra; la espuma retrocedía por la fuerza de la caída. Las olas eran de azul marino oscuro, escribió Woolf, excepto por unas luces como diamantes en el dorso, que se movían como los músculos de los caballos se mueven bajo la piel del lomo, las olas caían, se retiraban, volvían a caer, como golpes de un gran animal. Fueron cuarenta días y cuarenta noches antes de encontrarte. Cuarenta vidas y cuarenta siglos. Cuarenta caminos y cuarenta sueños. Cuarenta días y tu cuerpo. Mi amor siempre fue como una ola azul marino oscuro, con luces como diamantes en el dorso. Mi amor es nómade, como las olas. Las olas van y vuelven. Las bibliotecas son nómades, ahora lo sé bien. Parece que van a asentarse, pero siempre están en movimiento. Porque los libros los vamos leyendo y recomienza el viaje. Vamos y volvemos. A veces seguimos. Mi biblioteca se ha desplazado por los continentes. La observo. Le agradezco que me acompañe. Sé que para ella no ha sido fácil. Dónde van los libros que perdemos en el camino. ¿Están en maletas? ¿Las bibliotecas nómades están en maletas? Qué es una biblioteca nómade. Qué es el amor nómade. El amor nómade quiere que todo sea viaje, como la biblioteca. Leer es viajar, amar es viajar constantemente. Qué largo es viajar, qué breve es viajar. Por un momento la planicie, y luego las maletas. Cuarenta noches, y a continuación tu cuerpo. La música es profunda. La música cree en la magia, en la emoción, en la intuición que nos construye. Diez, me dije, diez años. Aquí estoy. Escribo mi libro número 70, en francés completamente, por primera vez, en conjunto con el mejor artista que conozco. El amor nómade es el que no se rinde. Tengo 43 años y en mí van todos los sueños posibles, igual que Pessoa. Existir ha sido difícil y mágico. La poesía siempre en la mirada. El arte de existir en las olas. Decidí crear un seudónimo porque todo comienza: Héloïse Vernalis. Como la primavera. Como Novalis. Como mi bisabuela bruja. Porque en mí van todas las mujeres del mundo. Todas. En mí van todos los hombres del mundo. Todas las primaveras y toda la poesía. El sol. Estoy constituida de sol. Todas las criaturas del mundo soy. Las flores y las olas. Nací en el azul marino oscuro, y ahora quiero quedarme en el de tus ojos. En la poesía nómade de tu mirada que es como el amor que yo aprendí en los viajes. En todas esas travesías incansables que modelaron mi literatura. Nunca se deja de ser nómade, ahora lo sé. Vengo de una estirpe de viajeros y nunca voy a asentarme. Una estirpe de caminantes infatigables. Mi abuela partió en barco a Barcelona cuando fue necesario. No sabemos lo que es el cansancio. Porque siempre estuvimos unidos a tierras de poetas intensos como el movimiento. Cuarenta días y cuarenta noches escribiendo. Cuarenta y tres años escribiendo. Lo único cierto son tus ojos. Desde donde nace la literatura. La literatura, siempre, es el amor. El amor nómade es el que yo conocí, y el que voy a entregarte: poesía y viaje. Mis libros nómades. Tu biblioteca nómade y todo tu arte. Existir es amar siempre en movimiento. Como dijo Drexler, si quieres que algo se muera, déjalo quieto. Cada paso fue un verso hacia ti. Comienza la vida.  


[fr] L'amour nomade

L'amour qui est en moi est nomade, car il a besoin de mouvement. Les vagues se brisaient et répandaient vivement leurs flots sur le rivage, a écrit Virginia Woolf, l’une après l’autre, elles s’enflaient et puis retombaient ; leurs embruns revenaient sur eux-mêmes dans la violence de la chute. Les vagues étaient baignées d’un bleu profond, a écrit Woolf, mais un motif de lumière piquetée de diamants ondulait sur leurs dos comme ondulent les muscles sur les dos des grands chevaux quand ils se déplacent, les vagues tombaient ; refluaient et tombaient à nouveau, comme le piaffement sourd d’une énorme bête. Il s'est écoulé quarante jours et quarante nuits avant que je ne te retrouve. Quarante vies et quarante siècles. Quarante routes et quarante rêves. Quarante jours et ton corps. Mon amour a toujours été comme une vague d’un bleu profond, avec un motif de lumière piquetée de diamants ondulant sur le dos. Mon amour est nomade, comme les vagues. Les vagues vont et viennent. Les bibliothèques sont nomades, maintenant je le sais bien. Elles semblent se fixer, mais elles sont toujours en mouvement. Parce que nous lisons les livres et que le voyage recommence. Nous partons et nous revenons. Parfois, nous continuons. Ma bibliothèque s'est déplacée d'un continent à l'autre. Je l'observe. Je la remercie de m'accompagner. Je sais que cela n'a pas été facile pour elle. Où vont les livres que nous perdons en chemin. Sont-ils dans des valises ? Les bibliothèques nomades sont-elles dans des valises ? Qu'est-ce qu'une bibliothèque nomade ? Qu'est-ce que l'amour nomade ? L'amour nomade veut que tout soit un voyage, comme la bibliothèque. Lire, c'est voyager, aimer, c'est voyager sans cesse. Comme il est long de voyager, comme il est bref de voyager. Un instant la plaine, et puis les valises. Quarante nuits, et puis ton corps. La musique est profonde. La musique croit à la magie, à l'émotion, à l'intuition qui nous construit. Dix, me suis-je dit, dix ans. Et me voilà. J'écris mon 70e livre, en français intégralement, pour la première fois, en collaboration avec le meilleur artiste que je connaisse. L'amour nomade est celui qui n'abandonne pas. J'ai 43 ans et je porte en moi tous les rêves possibles, comme Pessoa. Exister a été difficile et magique. La poésie toujours dans mes yeux. L'art d'exister dans les vagues. J'ai décidé de créer un pseudonyme car tout commence : Héloïse Vernalis. Comme le printemps. Comme Novalis. Comme mon arrière-grand-mère sorcière. Parce qu'en moi vont toutes les femmes du monde. Toutes. En moi vont tous les hommes du monde. Tous les printemps et toute la poésie. Le soleil. Je suis fait du soleil. Toutes les créatures du monde, je suis. Les fleurs et les vagues. Je suis née dans la mer d’un bleu profond, et maintenant je veux rester dans le bleu de tes yeux. Dans la poésie nomade de ton regard qui est comme l'amour que j'ai appris dans les voyages. Dans toutes ces traversées inlassables qui ont façonné ma littérature. On ne cesse jamais d'être un nomade, je le sais maintenant. Je suis issue d'une lignée de voyageurs et je ne me fixerai jamais. Une lignée de marcheurs infatigables. Ma grand-mère est partie en bateau à Barcelone quand c'était nécessaire. Nous ne savons pas ce qu'est la fatigue. Parce que nous avons toujours été liés à des terres de poètes aussi intenses que le mouvement. Quarante jours et quarante nuits à écrire. Quarante-trois ans à écrire. La seule chose certaine, ce sont tes yeux. D'où naît la littérature. La littérature, toujours, c'est l'amour. L'amour nomade, c'est celui que j'ai connu, et celui que je vais te donner : la poésie et le voyage. Mes livres nomades. Ta bibliothèque nomade et tout ton art. Exister, c'est aimer toujours en mouvement. Comme le disait Drexler, si tu veux que quelque chose meure, laisse-le immobile. Chaque pas était un poème vers toi. La vie commence.

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